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“SANS L'EXPÉRIENCE VISCÉRALE DE L'AUTRE, NOUS NE POUVONS PAS ÊTRE SAUVÉ.E.S DE NOUS-MÊMES”(I. ILLICH)

Si le spectacle est partout, nous sommes tous et toutes constamment invité.e.s (de moins en moins subliminalement) à être avant tout et surtout spectateur.ice.s.

Le défi du théâtre pour nous est donc toujours le même : perturber le rapport au spectacle de manière à rendre à nouveau imaginable la possibilité d'une autre manière d'être au monde, d'une autre perception, en dehors ou au-delà de la représentation, et du regard jugeant que le monde nous invite à performer.

Nous reconnaissons la nécessité de développer des moyens et des méthodes capables de déconstruire, de saboter, de détourner, de faire tourner en rond et de désactiver le “dispositif théâtre” afin de renouveler les règles préconçues du contrat spectaculaire au profit d’une situation plus trouble et instable.

Les concepts de La Schwarze Peste sont toujours des dispositifs de constante focalisation et défocalisation de la situation théâtrale.

L’instabilité du “juste” positionnement par rapport à la proposition invite, voire force l’audience à s’activer pour maintenir une constante “mise au point” de leur regard.

Loin de n’être qu’un exercice de manipulation perceptuelle et affective, une telle technologie dramaturgique vise à provoquer un vertige par rapport à l’expérience, une désorientation cognitive qui force les spectateur.ices à trouver d’autres ressources, d’autres attitudes et d’autres codes pour venir à bout de leur expérience.

Last but not least, dans les projets de La Schwarze Peste la parole domine, elle circule, elle est échangée, elle est imparfaite.

La poésie est un accident, pas un enjeu. La beauté est au mieux un accident, jamais un enjeu.

La profondeur se cache en pleine lumière mais elle ne se laisse jamais déclamer. Elle surprend les comédien.ne.s et étourdit le public, mais que par moment. La lucidité se noie dans la galère de la survie sur scène.

Les belles paroles, les beaux gestes, la musicalité, la composition laissent la place aux lapsus, aux balbutiements du réel, aux coups de génie de la détente et aux fou-rires propres à la gêne et à la honte partagées.

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